Les Commissions de surveillance

La relation de l’agent pénitentiaire avec le détenu

Conférenciers à la tribune
Publication date: 
23/11/2017 - 15:30
Lors de la journée d’étude des commissions de surveillance du 17 novembre 2017 les orateurs ont abordé le thème de « la relation de l’agent pénitentiaire avec le détenu ». Madame Véronique Laurent, présidente du conseil central de surveillance pénitentiaire, a accueilli les participants et monsieur Walter Thiery, vice-président, a introduit cette journée et présenté le programme. Quelques concepts clés ont articulé les travaux : la sécurité dynamique, la gestion des conflits, la relation avec les internés, la spécialisation de la fonction d’agent pénitentiaire.

Madame Kristel Beyens, professeur à la faculté de droit et de criminologie de la VUB, avait déjà consacré d’importants travaux à l’accueil de détenus belges à la prison hollandaise de Tilburg. Les conditions de détention y varient  par rapport à celles pratiquées habituellement en Belgique. La culture du personnel pénitentiaire semble plus orientée sur le traitement des détenus, en mettant l’accent sur l’aspect relationnel. L’infrastructure permet des activités collectives en cellule, comme la cuisine.  Les critiques sur les repas ont débouché sur la possibilité donnée aux détenus de faire leurs repas eux-mêmes, ce qui amena des relations positives.  La sécurité ne se fonde pas seulement sur des mesures répressives, mais sur une connaissance plus fine de la situation des détenus en entrant davantage en relation avec eux. Cela rend le milieu plus vivable et cela permet de développer une relation plus respectueuse envers le détenu. In fine, cela amène plus de sécurité. Mais, par une approche plus souple, plus flexible, fondée sur le relationnel, d’où le nom de « sécurité dynamique ».

Monsieur Richard Côte, de la cellule formation du Corps de sécurité, a abordé la communication et la gestion des conflits, à partir de la situation particulière du Corps de sécurité. Les agents du corps de sécurité ont la charge des transferts des détenus et ils assurent la sécurité dans les Palais de justice. Leur fonction  diffère de celle des agents pénitentiaires, mais eux aussi se trouvent confronté à la violence et ils doivent trouver la réponse la plus adéquate par rapport à cette violence.  Ces situations, les agents pénitentiaires les rencontrent aussi. La violence peut se manifester à différents niveaux : (1) sous la forme de résistances verbales (provocations, injures, etc., (2) sous la forme de destruction de biens, et enfin (3) par une atteinte à l’intégrité physique des personnes. Une étape peut en annoncer une autre, d’où la nécessité de désamorcer le processus le plus tôt possible. Prévoir tous les cas de figures possibles permet de réagir de la façon la plus adéquate. Certains détenus acceptent difficilement de se faire menotter par une femme ou par une personne de couleur. Parmi les moyens mis en œuvre, il y aura aussi des moyens physiques (menottes, spray, etc.).

Monsieur Jurgen Van Poecke, directeur de la prison de Bruxelles, à traité de la relation de l’agent pénitentiaire avec l’interné. Un grand nombre d’internés se trouvaient placé en prison et donc dans un environnement inadéquat pour eux. La Cour européenne des droits de l’homme avait condamné la Belgique à plusieurs reprises à ce sujet et finalement elle avait formulé un arrêt pilote pour permettre à la Belgique de régulariser la situation dans un délai de deux ans. Depuis, la Belgique a créé plusieurs centres adaptés (notamment à Gand et à Anvers). Le nombre d’internés en prison a diminué, mais le nombre de détenus avec des problèmes psychiques dans les annexes psychiatriques a augmenté.   L’organisation des équipes soignantes au sein des sections psychiatriques dans les prisons se trouve régie par une circulaire du 7 juin 2007 (circulaire 1800). Celle-ci précise que l’interné a droit à des soins de santé équivalents à ceux dispensés dans la société libre et adaptés à ses besoins spécifiques. Elle distingue l’équipe soignante de l’équipe d’expertise.  Un psychiatre peut intervenir dans la sélection des agents. Les agents ont besoin d’une formation continue. Le nombre d’agents par section se trouve renforcé. L’accent porte sur le relationnel pour développer une sécurité dynamique.  Chaque situation fait l’objet d’une double perception : celle axée sur les soins en fonction de la pathologie et celle axée sur la sécurité.  Comment par exemple sanctionné un interné ? Le conseil d’Etat a jugé que cela nécessité l’intervention d’un expert médecin.

Monsieur Rudy Van De Voorde, conseiller auprès de la cellule stratégique du ministre de la justice, a orienté son exposé sur une vision future du personnel pénitentiaire. Il part d’une vision d’ensemble de la chaine pénale et il annonce la constitution d’un Conseil pénitentiaire, avec des partenaires de la chaine pénale et des académiciens pour conseiller le ministre de la Justice en intégrant le travail de ce conseil dans le cycle de gestion. Dans la vision future de l’agent pénitentiaire, la déontologie et la spécialisation des agents occupent une place centrale. La sélection des nouvelles recrues ne peut se faire uniquement sur base d’un test informatique. Cela nécessite un entretien. Par ailleurs, les prisons doivent faire l’objet d’une inspection par l’administration centrale et en cas de grève les agents doivent assurer un service garanti pour les détenus. La spécialisation se fera aussi en remettant l’agent en contact avec les détenus et en lui donnant une fonction  d’accompagnement dans le cadre des activités des détenus. L’accent mis sur le traitement permet de développer une sécurité dynamique. Faire diminuer l’absentéisme des agents se fera en rendant la fonction intéressante, ce qui nécessitera plus d’exigences lors du déroulement du stage et des formations.  

Ci-dessous, vous trouverez les documents mis à disposition par les orateurs.